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Désintox.
Des jours sont passés, des dizaines, et je me retrouve là, à nouveau, dans la maison de ma mère. Aujourd'hui, pour la première fois depuis un an, je n'ai rien bu, rien fumé. Je me sens vide, totalement vide, et pourtant trop pleine, prête à déborder. J'ai besoin de cracher, d'arracher ; j'hésite à partir, là, maintenant. J'ai envie de retourner là où je sais que je trouverai de quoi vider ce trop plein qui m'étouffe. A défaut l'enfumer, le noyer. Je sais que vous ne croirez plus à rien, et finalement, ce n'est pas ce qui compte ; ça n'a peut-être jamais compté, j'ai pensé que cela pouvait être de l'orgueil, ou juste l'inverse, un tel manque de confiance en moi que je n'ai jamais osé dire la vérité sans la transformer, sans la modifier. En me réveillant, je me suis dit que le matin était le moment le plus dur, que je m'étais simplement trop faite à fumer dès en sortant du lit. J'ai attendu, enroulée, tordue sous la couette que les heures passent ; j'ai vu les aiguilles tourner autour de mes idées, noires. J'ai attendu que le soleil se lève, j'ai attendu en espérant que la douleur s'efface, mais elle n'a cessé de monter. J'ai mal au ventre, à crier, j'ai mal à l'intérieur, de trop penser à elle. Je n'aime plus celle à laquelle vous pensez, dans ma folie, j'ai vendu mon corps, je l'ai offert, et il ne répond plus ; mon coeur suit désormais le fil de sa propre vie. Le brouillard qui s'est dissipé, après presque une année, ne laisse place qu'aux problèmes que j'avais enfouis sous la fumée grise de mes insomnies d'ivresse. J'ai mal, partout, d'avoir voulu aimer encore ; je ne sais plus où j'en suis, je ne sais même pas si j'aime vraiment. Une fois de plus, la belle dans des bras qui ne sont pas les miens ; je doute même de la revoir un jour. Son silence ne fait qu'accroitre ma folie, mon envie, et mon besoin. Et depuis peu, mon mépris. Je perds toute logique, les questions qui me hantaient ont pris la place de mon coeur, elles s'affolent, et moi, je titube. |
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Fin.
Allumette est morte, Léa a disparu ; quelque part, tout est fini. Je me permets de vous glisser l'épilogue. Un jour, j'ai cru qu'Allumette vivrait et écrirait, un autre que Léa mourrait, aujourd'hui tout ça n'est plus que trajectoires oubliées. Je suis désolée, aussi, d'une manière, de vous avoir menti, mais je tenais à voir, à savoir, la véritable valeur de ces commentaires, de vos commentaires. Je ne sais comment les prendre. Des félicitations pour le réalisme de l'histoire, ou des personnages. Peut-être ne sont-ce que des mots, écris, copiés, collés ; on lit souvent les mêmes choses sur les blogs, jusqu'à sur mon blog, je vous l'avoue. Ont-ils une valeur ? Ou ne valent-ils pas plus que de lointaines condoléances, jetés avec une lueur d'espoir, peut-être, ou de bonne conscience. Et le votre ? Quelle est la différence entre ce blog et les autres ? L'existence, ou ici l'inexistence des personnages. Et pourtant, les textes viennent de la même vie. Ils ont existé, pas pour elles, mais peut-être pour l'auteur. Peut-on vraiment écrire ce qu'on ne connait pas ? |
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Vendredi 17 novembre.
Je garde mes lunettes de soleil à l’intérieur du bar. Je suis assise là, avec Camille, il me regarde. Il cherche désespérément mes yeux, quand il abandonne son regard tombe sur mes seins. Je crois que je ne l’aime pas. Je crois que je le méprise. Je bois une vodka vanille. C’est déjà la quatrième. Il n’imagine pas mes yeux qui brillent sous les verres teintés. Je crois que je vais en finir ce soir. Il rentrera seul. Je ne l’écoute pas, mais il a de jolies lèvres, je crois que c’est tout, ce qu’il dit me semble vide dans ma tête il y a ce cri, barre-toi, qui me hurle, sans cesse, et de plus en plus fort. Il s’éloigne, va nous commander un autre verre, j’ai pitié de lui un instant, quand il sort de son portefeuille un nouveau billet de dix euros. Il discute une minute avec la serveuse, elle est plutôt jolie, elle me regarde, je me demande s’il la drague, j’aimerais lui dire de partir avec, que je m’en vais quand il se retourne vers moi, il me sourit, il a une nouvelle vodka dans la main. Il s’assoit à côté de moi et pose nos verres. Il me sourit encore et passe sa main dans mes cheveux. J’ai envie de le repousser, je me contente de tourner la tête, il recule légèrement, il a envie de m’embrasser, il regarde toujours mes seins. J’avale mon verre d’une seule gorgée. Je suis sorti de l’hôpital, il y a exactement cinq mois, c’était un samedi après midi. Je ne vais pas vraiment mieux pourtant, je continue à voir des psys mais ça ne sert toujours à rien. J’ai vu Allumette il y a le onze, elle est venue à mon appartement. Elle est sortie un mois après moi mais elle a déjà l’air en plus mauvais état. Je crois. Elle continue à maigrir et se cache toujours dans ces pulls trop grands, ses cheveux étaient oranges et son jean déchiré. On a fumé toute la nuit. Une nuit à regarder la fumée bleue et puis grise s’envoler sous les étoiles. Lorsque ces brumes se dissipent, j’allume une nouvelle cigarette, je me demande si Camille se voit dans mes verres noirs. Il sirote son verre, ses yeux oscillent entre mes seins et la serveuse, elle lui sourit cette conne. Je me lève doucement. J’enlève mes lunettes, il remarque enfin mes larmes, il a l’air contrarié. Je regarde le comptoir, la serveuse n'y est plus. Je marche vers la sortie. Un dernier regard en arrière, il est toujours là, il s’est assis, il me regarde, je crois, mais son visage est vide de sens, il me regarde une dernière fois et sors une cigarette. Ca a duré trois jours. Il ne m’a pas rappelé. De toutes façons je ne décroche jamais au téléphone. |
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Samedi 11 mars.
Elle est incroyablement pâle et si maigre que je suis presque choqué par les veines qui saillent de son cou. Elle a des cernes sombres sous les yeux et le rouge à lèvres rose qu'elle a mis tranche sinistrement avec son visage blême. [...] son lit est couvert de Glamour, Vogue et Interview. Les rideaux sont tirés, elle me demande de les ouvrir. Ensuite elle met ses lunettes de soleil, me dit qu'elle est en manque de nicotine, qu'elle meurt "absolument d'envie" de fumer une cigarette. C'est ce qu'il a du penser en venant me voir pour la première fois après presque trois mois séparés. C'est lui qui avait voulu, décidé qu'on se sépare. Il est resté à peine vingt minutes, sans rien à dire, je ne savais pas quoi dire non plus, juste envie de pleurer, de crier, de le hair, de l'aimer encore. Je ne l'ai jamais revu ici, une fois ou deux dans la rue peut être. [Extrait d'un livre qu'Allumette m'avait prêtée, j'avais copié le passage dans mon journal, j'ai oublié de noter le titre.] Léa. |
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Mercredi 29 mars.
Il manque quelque chose. Juste un détail, une petite étincelle, la petite étincelle qui brillait doucement au fond de ses grands yeux. Devenus si triste. Toujours aussi beaux. Elle n'a pas mangé aujourd'hui. Elle ne mange plus depuis deux jours. Les médecins ont dit qu'ils lui mettraient une sonde si elle ne bougeait pas d'ici ce soir mais elle reste dans son lit, toujours sous sa couverture. Elle tremble, et parfois, silencieusement, de douces larmes glissent le long de ses joues. Et d'un coup, ils brillent à nouveau. Toujours en silence je me suis approchée d'elle, me suis assise à côté d'elle. Je l'ai prise dans mes bras. Elle m'a repoussée de ses petites mains. Ses lèvres tremblaient plus que tout son corps, elle a étouffé un sanglot, du bout des doigts j'ai touché son visage, essuyé une de ses larmes. Elle a esquissé un sourire. Tout petit. J'ai juste vu le coin de sa bouche se plier, elle a mordu sa lèvre inférieure, elle a posé sa main sur ma joue. Elle tremblait toujours. Je ne sais pas pourquoi je l'ai éloignée. Je me suis éloignée. Je 'ai regardé longtemps, elle n'a pas tournée les yeux. Elle est resté le regard dans la vide. Tremblante, en pleurs.. Léa. |
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Mardi 21 février.
Il fait toujours aussi froid. Je ne sors plus dans le parc, je tremble déjà dans les couloirs. Je passe mes journées sous ma couverture. Avec Allumette, on parle de plus en plus, le jour, la nuit. Elle aussi elle reste souvent toute emmitouflée, avec juste ses cheveux bleutés qui sortent sur l'oreiller blanc. Elle me parle un peu d'elle, même si elle est plutot timide sur son passé. Il y a deux jours, un nouveau malade est entré dans le service. C'est rare des garçons, il y a surtout des petites adolescentes en crise qui arrivent, et qui repartent au bout de trois jours, leurs trois coupures déjà effacées. Lui, il a le droit bandé, ses pansements se teintent encore de rouge au fil des heures. [Plus tard, j'ai appris qu'il s'était déchiré la peau très profondément avec une bouteille brisée après que sa copine l'ait quitté.] Il est beau, il ressemble à Raphael, la même douceur, la même fragilité dans ses yeux perdus. Il a des mèches chatains très clair, prèsque blonde à la lumière, ses cheveux semblent voltiger comme s'il y avait du vent même dans sa chambre. Le lendemain, Mercredi, j'ai vu mon psy, comme tous les mercredis, ça s'est très mal passée, je suis partie en criant, en pleurant, au bout de vingt cinq minutes. En rentrant dans la chambre je me suis effondrée dans la chambre. Allumette m'a prise dans ses bras pour la première fois. Elle m'a parlée d'une voix douce, une voix qui vous transporte, qui vous protège. |
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